C'est pas vous c'est moi

Je suis une personne assez isolée et c'est compliqué d'en parler. On a toustes des seuils différents à partir desquels on se sent seul'e et je me dis aussi que ça pourrait être pire. Mais le fait est là, je suis relativement isolé'e, je n'ai pas vraiment de réseau de support et ça me bouffe le moral assez violemment depuis un moment.

C'est dur aussi parce que ça provient de plein de choses qui s'accumulent. C'est un peu la pandémie de covid en cours, même si les gens arrivent à construire des cercles covid cautious. C'est un peu l'anxiété sociale, même si c'est répandu dans les cercles que je vois autour de moi et que j'ai fait de gros progrès par rapport à ça. C'est un peu lle handicap et le fait qu'on n'a pas l'énergie d'entretenir beaucoup de relations et un rapport au temps complètement flingué. C'est beaucoup le fait de devoir bosser, même si finalement ça me fait des miettes de contact social que je n'aurais pas autrement. C'est un peu l'impression d'arriver à un âge où les gens ont déjà constitué leurs groupes de potes et il n'y a plus de place nulle part, façon personne choisie en dernier en sport au collège. C'est un peu d'avoir déménagé même si je n'arrivais pas franchement à voir mes potes dans la ville où j'étais avant.

Pour prendre un exemple concret récent : je me suis cassé la cheville. Je me suis retrouvé'e à enchaîner les crises d'angoisse à l'hôpital car je ne savais pas qui appeler pour qu'on aille nourrir mon chat pendant mon hospitalisation parce qu'il n'y avait personne dont je me sentais assez proche pour demander ça. J'ai heureusement pu trouver quelqu'un (et merci beaucoup à elle) et j'ai pu avoir ponctuellement de l'aide quelques fois. En dehors de ça, en 7 semaines d'arrêt j'ai vu physiquement des gens pour sociabiliser 2 fois (et je crois que c'était même juste pour faire des tests PlusLife à la base).

J'en ai voulu beaucoup aux gens en général et à personne en particulier. Je m'en suis beaucoup voulu à moi-même d'avoir ces besoins et de ne pas arriver à passer outre.

Et ensuite j'ai pété un câble. Il s'est passé un truc chouette dans ma vie et mon cerveau a complètement disjoncté avec un mélange d'énergie intarissable, absence d'appétit et angoisse existentielle qui m'empêchait presque de respirer. Sur le moment ça m'a rassuré'e car je me suis dit que finalement, il y avait vraiment quelque chose de cassé avec moi, c'est juste mon cerveau qui n'est pas câblé comme il faut, je surréagis probablement à mon isolement, c'est le fameux déséquilibre chimique, on va réajuster le traitement et puis tout ira bien car c'est moi le problème. Heureusement la part antipsy de moi m'a mis des grosses claques métaphoriques et m'a sommé'e d'arrêter de penser des conneries.

Il y a aussi le fait que j'ai discuté avec d'autres personnes seul'es, j'ai pris conscience que je ne suis pas du tout un cas exceptionnel et on se demande probablement toustes ce qui ne va pas chez nous pour ne pas y arriver comme les autres. Quand j'y pense ça me met en rage. Je ne sais pas ce qui fait qu'on n'arrive pas à s'en sortir mais je suis convaincu'e que c'est une responsabilité à prendre en tant que société/collectifs/milieux que de se poser des questions. De qui on pense sans avoir jamais vérifié que tout va bien dans sa vie[¹] ? Qui ne revient pas à nos événements sociaux et pourquoi ? Qui n'en entend même jamais parler et comment on atteint ces gens ? Je ne suis qu'une personne, je suis très fatigué'e, j'essaie de faire ma part pour sortir de ça à la force de mes petits bras et à la sueur de mon front, j'ai beaucoup l'impression de crier dans le vide parfois et j'aimerais bien qu'on essaie de faire mieux ensemble parce que je n'y arriverai pas seul'e.


[¹] Une de mes rancœurs perso c'est d'avoir traîné au contact de certaines personnes qui estimaient que si matériellement tu étais plus privilégié'e qu'elles, ou simplement que tu masquais mieux tes handicaps, tout allait bien pour toi et c'était tout à fait acceptable de te traiter comme si tu pouvais tout encaisser. Encore une fois, ça n'est pas arrivé qu'à moi et j'ai déjà dû rassurer des connaissances sur le fait que ce n'était pas normal de les traiter n'importe comment.

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